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Le parcours d’Albert au
sein de l’ASBL (éloge funèbre par Roger)
Dans les derniers jours de
l’année 1989, les événements dramatiques de la révolution roumaine éclataient
dans plusieurs villes de Roumanie et notamment à Bucarest et Timisoara.
L’épisode insurrectionnel était à peine terminé, le monde ouvrait enfin les yeux
sur les horreurs d’un régime dictatorial dément : un peuple affamé, des milliers
de villages promis à la destruction, une économie délabrée, la violence
institutionnalisée, la corruption à tous les niveaux politiques et
administratifs, les droits de l’homme bafoués, la religion asservie, bref toutes
les composantes d’une profonde misère sociale dont les principales victimes
furent comme toujours les plus faibles et tout particulièrement les enfants.
Dans un vaste élan de solidarité internationale visant à porter secours à la
population roumaine rurale menacée de déportation, de nombreuses initiatives
virent le jour dans plusieurs pays d’Europe, et notamment en Belgique. Ces
mouvements s’organisèrent bientôt sous le nom de Opération Villages Roumains (OVR).
C’est sous le couvert d’OVR qu’en janvier 1990 André Noiset, frère mariste à
Hollange, où il s’occupait déjà de l’enfance en détresse, mit sur pied un
premier convoi humanitaire vers Godinesti, village roumain d’environ 2000
habitants situé au sud des Carpates. Comme des centaines d’autres, ce village
était destiné à être rasé dans le cadre du programme de Ceausescu visant à
regrouper les populations rurales dans les villes.
Une des premières initiatives de Frère André fut de lancer un appel vers des
familles belges en vue de l’accueil d’un premier contingent d’enfants roumains
pour quelques semaines de vacances en Belgique.
Albert Gustin et toute sa famille furent parmi les premières familles de la
région à répondre à cet appel en accueillant d’abord un adolescent de
Godinesti : Cristi suivi deux années plus tard par deux petites filles, deux
sœurs : Cristina et Oana. D’autre suivirent ultérieurement : Raul, Georgy et
Miha.
Immédiatement Albert s’impliqua corps et âme dans l’action lancée par Frère
André dont il devint rapidement un des principaux collaborateurs au sein de L’Asbl
Enfants Etrangers en Vacances. Quand Frère André disparut en avril 1998, Albert
prit en main la destinée de l’Asbl dont in devint trésorier avant que la
présidence ne lui échoie.
Cet engagement lui permit de donner la vraie mesure de ses qualités de chef
d’équipe sans doute favorisées par les fonctions dirigeantes qu’il exerça au
cours de sa carrière professionnelle à Belgacom.
Animé par une foi chrétienne profonde qui sans doute lui inspirait une grande
sensibilité à la misère et à la détresse humaines, il ne peut rester indifférent
à celles qu’il découvrit dès ses premiers voyages en Roumanie et qui frappaient
principalement les enfants.
Albert s’engagea dès lors à fond dans l’action humanitaire en faveur des enfants
puis de toute la population du village. Il y engagea avec lui non seulement sa
famille entière mais aussi une poignée de collaborateurs bénévoles recrutés
parmi les premières familles d’accueil au nombre desquelles j’eus le plaisir de
compter pendant plusieurs années.
Cette collaboration qui m’a permis de discerner et d’apprécier davantage la
nature profonde et les qualités humaines peu communes qu’Albert cumulait sans
qu’il en fît le moindre étalage. Bien au contraire : sa modestie et son naturel
peu expansif dissimulaient une grande bonté et un humour malicieux qu’il ne
distillait qu’à ceux qu’il connaissait et qu’il appréciait. C’est sans doute à
son caractère ardennais, rude et entier, qu’il devait en grande partie sa grande
force de caractère et sa volonté inébranlable d’arriver aux objectifs qu’il
s’était fixé.
Travailleur infatigable, il sut mener de front ses devoirs de père de famille
nombreuse et les responsabilités inhérentes à son engagement eu sein d’E.E.E.V.
et ensuite d’O.V.R, association dans laquelle il exerça le mandat
d’administrateur et vérificateur des comptes, jusqu’au moment où il dut faire
des choix dans ses activités afin de ménager ses forces déjà atteintes.
Tout au long de ses nombreuses années d’action au sein de l’association, les
difficultés et les revers n’ont pas manqué. Albert les a toujours surmontés
sans jamais se départir de son inébranlable détermination à œuvrer pour réussir
chaque année le pari d’amener en Belgique plusieurs dizaines d’enfants de
Godinesti.
19 ans d’accueil ! Cela représente des milliers de séjours d’enfants s’étendant
sur presque deux générations et qui ont nécessité d’innombrables voyages en
Roumanie à raison d’une moyenne de 2 ou 3 par année. Mais par delà les chiffres
évocateurs, on retiendra surtout, les victoires remportées sur la misère, les
préjugés xénophobes, le tracasseries administratives, les inerties et le
scepticisme de quelques-uns tant en Belgique qu’en Roumanie.
Ce que l’on retiendra aussi et je dirai surtout : ce sont tous ces petits et
grands bonheurs qui ont fleuri sur tant de visages d’enfants; ces amitiés
profondes nées des contacts entre les familles belges et des familles roumaines;
les joies apportées chez nous par tous ces enfants venus le bagage vide mais le
cœur bourré d’espoir d’abord, de reconnaissance ensuite.
Tout cela c’est à Albert qu’on le doit et à son prédécesseur qu’il vient de
rejoindre au paradis des hommes de bien.
En Belgique, Albert laisse dans la douleur de la séparation terrestre
inéluctable sa famille, ses parents et ses amis, ses collaborateurs au sein du
comité et de nombreuses familles d’accueil actuelles ou anciennes dans la
détresse et la consternation.
En Roumanie, la disparition de « Monsieur Albert » est aussi douloureusement
ressentie. Frappés par le même deuil, Nives et Godinesti, dans une communauté de
pensée, unissent en cet instant leurs prières pour notre défunt.

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