Depuis 1993, nous avons accueilli, mon mari et moi-même cinq enfants provenant de la même famille. Les deux filles jusqu’à leur 17 ans et les trois garçons, une, deux ou trois fois suivant les convenances du moment. Ensemble, nous sommes allés deux fois dans cette famille, entre autres à l’occasion de la fête du dixième anniversaire de l’asbl E.E.E.V. En 2003, nous avons nous-même accueilli les parents de ces cinq enfants en Belgique. Pourquoi ? Tout simplement pour qu’ils puissent parler ensemble, parents et enfants, de leur vécu commun en Belgique. Hier, je suis donc rentrée de mon troisième voyage organisé dans le cadre du vingtième anniversaire. Je laisse à d’autres le plaisir de raconter celui-ci. Je vais simplement évoquer mes sentiments vis-à-vis de notre famille roumaine.
Quelle joie, quel grand bonheur pour moi de voir l’évolution de celle-ci. S’il est vrai que cette famille est devenue une famille " privilégiée " avec quelques aides ponctuelles de notre part, elle l’est surtout grâce au travail dur qu’ils ont fourni eux-mêmes. Le papa est mineur et est arrivé, au fil des ans, à avoir un cheptel de moutons (une centaine de têtes de bétail - ce qui est énorme pour la région).
En 1993, ils étaient très pessimistes quant à leur avenir. À cette époque, il fallait un tiers du salaire du papa pour l’achat du pain mensuel. Il y a dix ans, il fallait un quart du salaire pour cette dépense et maintenant, il leur faut plus ou moins un vingtième du salaire, et le double quand les jeunes gens sont là (comparez l’achat de votre pain mensuel avec votre salaire, c’est une belle référence). Il faut dire que le papa (mineur) gagne mieux sa vie que les enseignants et les universitaires (+/- 250 €/mois).
Dans leur maison, il n’y a rien de superflu. Des trois seules petites pièces habitables que j’ai connues par le passé se sont ajoutées, dans les caves et dans le prolongement de l’ancien bâtiment, une grande cuisine, une belle chambre à coucher et une salle de bain. L’eau de la distribution est enfin potable et l’eau du puit est reliée à la machine à laver qu’ils n’ont que depuis quelques années. Quel changement de vie ! C’est donc dans cette belle petite maison que j’ai enfin découvert la joie de vivre des parents.
Deux des enfants ont terminé l’université et deux autres y sont encore actuellement. Ce n’est pas pour valoriser ce type d’études que j’en parle mais grâce à cela, ils ont un esprit d’ouverture et une bonne analyse de la situation de leur pays. Chez nous, il y a de nombreux autres moyens de s’épanouir et d’évoluer grâce à notre culture plus " battante ".
Ce qui m’a émerveillé aussi, ce sont ces trois jeunes garçons universitaires, qui toutes les vacances vont faucher, sécher et rentrer le foin familial, travail manuel que nos grands-parents exerçaient.
La seconde des filles, jeune femme qui sera maman lorsque vous me lirez, s’intéresse à toute l’évolution de son pays. Elle s’inquiète beaucoup de l’environnement (pollution le long des routes). Elle espère de tout cœur que ses compatriotes et elle-même ne perdent pas leurs valeurs essentielles et craint le côté trop matérialiste de notre vie. Elle croit, ainsi que sa famille, en l’Europe et me disait surtout cette chance de ne pas être resté de l’autre côté de la frontière.
Je pourrais encore vous parler d’autres grandes joies que j’ai vécues. Je vais simplement vous raconter celle observée sur le visage de la petite vieille voisine qui n’a pas de famille et qui est souvent invitée à la table du repas familial. Ce jour là, elle est repartie chez elle avec deux pots de 500 grammes de yaourt.
J’ai offert un landau à la future maman. Ensemble nous avons été le choisir et quelle joie de m’entendre dire, tu seras la troisième "